Contes de désespoir: 1 – Soti Triantafillou

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Trois événements insolites ont marqué cet hiver-là : un matin, la Route Nationale côtière fut inondée sur presque un kilomètre, ses entrailles se déversèrent dans la mer. Puis, un soir, des chauves-souris, toute une nuée, obscurcirent le ciel. Enfin, juste avant l’arrivée du printemps, les animaux tombèrent subitement en hibernation. Tout était sens dessus-dessous. Je marchais sur les mains pour remettre en ordre le monde qui marchait sur la tête, tout chamboulé. À cette époque-là, j’écrivais sur mon petit cahier : « le fauteuil du barbier ressemble à une chaise électrique » « les caddies du supermarché me font penser à des fauteuils roulants ». Je tournais la tête, je souriais, j’avais l’air d’un masque infernal. Et pourtant, je souriais. Chaque nouveau jour, je souriais. Et par ce sourire, je regardais le monde à travers un prisme ; il était réfracté, émietté, multicolore comme un dépôt d’ordures.

Soti Triantafillou

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