Random Weekly Quotes for Tough Times: 29 April – 5 May, 2013

La Grande Odalisque_Ingres

“Every habit he’s ever had is still there in his body, lying dormant like flowers in the desert. Given the right conditions, all his old addictions would burst into full and luxuriant bloom.”

― Margaret Atwood, Oryx and Crake

Image: Jean-Auguste-Dominique Ingres, La Grande Odalisque, 1814, Oil on canvas,
36″ x 63″ (91 x 162 cm), Musée du Louvre, Paris. ©RMN-Grand Palais /musée du Louvre / Thierry Le Mage.

Contes de désespoir: 9 – Soti Triantafillou

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9

Ma première mort – et mon premier amour – fut Elvis Presley. Pour me consoler, on m’a dit des mensonges, qu’il vivait, qu’il s’était retiré dans son village, à Tupelo, dans le Mississippi, qu’il avait ouvert une cantine de nuit où il vendait des sandwiches au beurre de cacahuètes. Le jour où Elvis est mort j’ai éprouvé ce que j’avais ressenti quand je me suis rendue compte que Dieu et le Père Noël n’existaient pas. Depuis lors, je ne saurais jurer de rien.

Soti Triantafillou

Poem of the month: April

Vermeer

At Last the Secret is Out

by W. H. Auden

At last the secret is out, as it always must come in the end,
The delicious story is ripe to tell to the intimate friend;
Over the tea-cups and in the square the tongue has its
desire;
Still waters run deep, my dear, there’s never smoke
without fire.

Behind the corpse in the reservoir, behind the ghost on
the links,
Behind the lady who dances and the man who madly
drinks,
Under the look of fatigue, the attack of migraine and the
sigh
There is always another story, there is more than meets
the eye.

For the clear voice suddenly singing, high up in the
convent wall,
The scent of the elder bushes, the sporting prints in the
hall,
The croquet matches in summer, the handshake, the
cough, the kiss,
There is always a wicked secret, a private reason for this.

 

Image: Johannes Vermeer, Woman Writing a Letter with her Maid, c. 1670-71. Oil on canvas. 72.2 x 59.5 cm. National Gallery of Ireland.

Contes de désespoir: 8 – Soti Triantafillou

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8

La Chouette et le Chat ramaient au large dans une barque verte, aussi verte que les haricots verts. Humpty Dumpty tomba du mur et se brisa en mille morceaux. Tous les chevaux et tous les hommes du Roi n’ont pu les recoller. « Et vice versa », dit Tweedle Dee, « s’il en était ainsi, cela pourrait être, mais dans le cas où il en serait ainsi, c’est ainsi que cela serait. Pourtant, les choses étant ce qu’elles sont, cela n’est pas. Voilà, c’est logique ».

Tous les contes de fées se sont réalisés : moi aussi j’ai ramé vers la haute mer, dans le tourbillon du monde, je suis montée sur un mur, j’ai dégringolé, et je me suis brisée, personne n’a pu recoller mes morceaux. Plus tard, j’ai acquiescé à la logique de Tweedle Dee : pas encore née demain, et morte hier : s’il en est ainsi ça pourrait être comme ça – voilà bien ce qui est logique.

Soti Triantafillou

Contes de désespoir: 7 – Soti Triantafillou

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7

J’errais parmi les arbres rouges, parcourant le temps des feuilles. Puis vint l’hiver, rigoureux. Du bout du doigt, je faisais des dessins sur la vitre embuée du vieil autobus. Dans la solitude glacée je vis un homme qui jouait de la musique avec une scie. Je me suis souvenue des matins resplendissants, quand toi aussi tu resplendissais – je me suis souvenue des étés d’autrefois. Je m’étais lassée de te chercher dans ces villes muettes, dans des ruelles obscures, parmi les maisons brûlées. Les fenêtres sont béantes, le vent s’engouffre partout, le brouillard aussi. À travers les interstices, je vois des morceaux de lacs cristallisés, la trace ensanglantée du loup qui est venu au monde avant l’heure.

Soti Triantafillou

Random Weekly Quotes for Tough Times: 8-14 April, 2013

Laure Prouvost

“Where to start is the problem, because nothing begins when it begins and nothing’s over when it’s over, and everything needs a preface: a preface, a postscript, a chart of simultaneous events.”

― Margaret Atwood, The Robber Bride

Image: Laure Prouvost, Ideally this sign would take you in its arms, 2010, oil, collage and varnish on wooden panel, 25 x 29 cm Image courtesy of Laure Prouvost & MOTINTERNATIONAL.

Contes de désespoir: 6 – Soti Triantafillou

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6

Il avait toujours aimé les vêtements chics, les cravates en soie, à pois, à rayures, sans pois, sans rayures. Avec des motifs cachemire. Quand il mourut, on le revêtit du plus beau de ses costumes. Quatre ans plus tard, quand on l’exhuma, il ne restait rien de son corps excepté les os et les dents. Il ne restait que le costume, et les chaussures. En cuir bien sûr. Nous les avons offerts aux fossoyeurs. Ils ont murmuré « merci » et se sont dirigés vers la tombe suivante, leur pelle sur l’épaule.

Soti Triantafillou